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Série mon travail, mon outil: L'arbitre et son sifflet

Date de publication: 8 juil. 2011
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Quelle relation le musicien entretient-il avec son instrument ? Le chirurgien avec son scalpel ? La ballerine avec son corps ? Le mécano avec sa clé de 12 ? Entre amour et routine, besoin de contrôle, passion et haine, portraits de travailleurs à  travers leurs outils de travail.

Son premier sifflet, Jérôme Efong Nzolo, la star des arbitres belges, s'en souvient comme si c'était hier. " Un sifflet en fer, avec une boule. C'est le grand arbitre gabonais Pierre-Alain Mounguengi qui m'en a fait cadeau. Il m'avait repéré à  Libreville, où je jouais en Junior et m'a pris sous son aile. À 14 ans, j'arbitrais mon premier match de foot avec ce sifflet, un moment mémorable, j'étais très fier. Il fallait avoir un sacré souffle pour l'utiliser et il cognait sur les dents ! Aujourd'hui, on a des sifflets sans boule, plus confortables et plus puissants. Pour bien arbitrer, il faut savoir moduler. En cas de faute légère, le coup de sifflet sera bref, en cas de faute grave, plus long et plus autoritaire. C'est un outil de travail très important et révélateur de la personnalité de celui qui l'utilise. "

Siffler ou ne pas siffler, telle est la question

" Un arbitre sans sifflet ", poursuit Jérôme Nzolo, " c'est comme un chasseur sans fusil. Il faut pouvoir agir vite, prendre la bonne décision au bon moment, très rapidement. Ce n'est pas toujours évident, d'ailleurs parfois, certains arbitres oublient le sifflet et crient pour signaler une faute. Moi, j'arbitre sifflet en main, mais toujours avec un autre de réserve en poche. Et j'ai pris cette habitude d'assortir la couleur de mes sifflets à  celle de mes vareuses. Ils peuvent être rouge, orange, vert... À chaque match, j'en prends un autre. Je ne suis pas superstitieux, je me donne juste un plaisir maximal. Le stress, la boule au ventre avant le match, je ne connais pas. Pour moi, monter sur le terrain, c'est du bonheur à  l'état pur. Il faut juste être bien dans sa peau et pouvoir rester soi-même, ça donne de la force pour gérer cette grande scène de théâtre qu'est un match et dont l'arbitre et les joueurs sont les acteurs. "

Une école de vie

" L'arbitrage est une école de vie. Je parraine des jeunes en difficulté, souvent de petits délinquants, qui essaient de s'en sortir par le sport. Je leur enseigne que devenir arbitre, c'est devenir homme de loi, c'est apprendre à  se faire respecter, mais aussi et surtout à  respecter. Il faut avoir les reins solides, un mental d'acier, mais en même temps s'accrocher à  des valeurs. Les miennes, je les ai notamment empruntées à  mes idoles. L'Italien Pierluigi Collina, un des meilleurs arbitres au monde. Il avait un body language incroyable. Il parvenait à  faire reculer les joueurs les plus vindicatifs d'un simple roulement d'yeux. Et puis, le Suédois Anders Frisk, qui arbitrait sourire aux lèvres, de manière très humaine, très fair-play. Je suis croyant, chrétien pratiquant. Avant de sanctionner un joueur, j'ai tendance à  lui donner une deuxième chance. Et si je dois sanctionner, j'explique toujours ma décision. Il faut agir vite, mais de manière juste et en accord avec soi-même. Pour être un bon arbitre, il faut résister aux critiques, ne pas se laisser déstabiliser. "

4 dates-clés

1974

Naissance au Gabon. Joue très tôt au football et arbitre, à  20 ans, la finale de la Coupe du Gabon.

1995

Arrivée en Belgique. Il arbitre en division nationale cinq ans plus tard.

2006

Premier match de Division 1: FC Brussels-Lokeren. Sacré meilleur arbitre de Belgique la même année et les deux années suivantes.

2010

Appelé par FIFA pour diriger un match de qualification de la Coupe du monde. Arbitre depuis des matches de l'UEFA.

Fanny Villedieu