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Métier de passion ou de raison ?

Rédigé par: Virginie Stassen
Date de publication: 27 nov. 2023
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Pour beaucoup, exercer un métier que l’on aime et avoir un bon salaire ne vont pas de pair. La raison l’emporte souvent sur la passion, surtout en temps de crise et d’incertitudes. Mais est-ce finalement la meilleure option ?

Métier de passion ou de raison ?

On se souvient tous d’un métier que l’on voulait exercer lorsqu’on était petit : pompier, acteur, musicien, acrobate, policier… Il va sans dire que ce choix du cœur se fichait royalement de la conjoncture, des attentes familiales, ou du salaire… Il se basait plutôt sur la personnalité, les talents, les aspirations personnelles… Mais avec l’âge adulte et la raison, ces rêves ont le plus souvent été remisés au placard.

D’après la dernière enquête française d'insertion de la Conférence des grandes écoles (2021), plus d'un tiers des diplômés des grandes écoles se dirigeraient en effet vers le conseil ou les services financiers. C’est-à-dire des métiers raisonnables aux revenus confortables.

Ces métiers de raison, comme on les appelle, sont le plus souvent conditionnés par le marché, l’économie, la société, la nécessité de reprendre l’affaire familiale, les parents, un package salarial attrayant ou encore une certaine sécurité (comme le statut de fonctionnaire, par exemple). Ils nécessitent aussi un certain niveau d’études.

A l’heure du choix, nombreux sont toutefois les jeunes à connaître un dilemme : « Ai-je le droit de faire quelque chose que j’aime mais qui n’est pas raisonnable ? » ou « Ai-je le droit de pratiquer un métier que je n’apprécie pas mais qui subviendra aux besoins de mes proches et répondra à leurs attentes ? » Vaste question…

Quels sont les points forts d’un métier passion ?

Un métier passionnant apparaît souvent comme un Graal... A la fois attrayant et déraisonnable… Il possède bien-sûr plusieurs atouts…  

  • L’épanouissement personnel. Le premier avantage à exercer un métier passion est l'assurance d'être plus épanoui. Car comme le disait autrefois Confucius : « choisis un travail que tu aimes et tu n'auras pas à travailler un seul jour de ta vie ». Autrement dit, avoir un métier passion, c'est faire coïncider son activité avec ses intérêts, ses appétences ou ses valeurs.
  • La productivité. On est plus productif quand on aime ce que l’on fait. On est motivé le matin pour se lever, entreprendre, réaliser… et produire ! Le client ou l’employeur le perçoivent, et un véritable cercle vertueux s’enclenche : la passion s’autoalimente et la compétence s’accroît. De plus, lorsqu’on exerce un travail que l’on aime vraiment, on a beaucoup plus de facilités à évoluer dans sa carrière.
  • L’absence de regrets. Choisir un métier par passion, c’est l’assurance de ne pas avoir de regrets 30 ou 40 ans plus tard, lorsqu’on se retourne sur sa carrière. Et puis, si jamais cela ne fonctionne pas, on aura au moins essayé !
  • Le courage d’oser. Se tourner vers un métier qui sort des sentiers battus implique aussi de sortir de sa zone de confort, de se lancer un pari fou… Mais cette aventure est tellement enthousiasmante et gratifiante, qu’au final, on en oublie souvent les difficultés.
  • La confiance en soi. Si l’on parvient à vivre de sa passion, cela génère une plus grande confiance en soi, car on a été jusqu’au bout de ses rêves, là où peu de gens parviennent à se rendre.

Et quels sont les risques ?

En dépit de ses avantages, un métier que l’on aime présente aussi certains risques, qu’il y a lieu de ne pas négliger…

  • Un surinvestissement. Les personnes qui exercent un métier passion peuvent avoir tendance à trop s'investir au travail, ce qui peut entraîner des difficultés à concilier vie pro/perso, voire de sombrer dans le burn-out en cas de repos insuffisant.
  • Se faire exploiter. Décrocher « le job de ses rêves », c'est aussi parfois accepter des conditions de travail difficiles, un statut précaire ou encore des horaires décalés sous prétexte qu'on a la chance de faire partie des heureux élus. Sans compter que bien souvent, les métiers de passion sont peu rémunérateurs.
  • Une perte d’enthousiasme. « Avec le temps va, tout s’en va… », chantait Ferré. Cela s’applique aussi - parfois – à un métier passion. Prenons l’exemple d’une danseuse qui décide d’enseigner la danse à des élèves. A force de répéter les mêmes pas, elle peut finir par se lasser, à plus forte raison qu’elle doit aussi gérer d’autres aspects comme les élèves, la trésorerie, l’organisation des spectacles… Bien loin de son inspiration initiale de petit rat de l’opéra…

Et pourquoi pas un métier de raison ?

S’ils ont moins bonne réputation, les métiers de raison sont pourtant plus souvent choisis que les métiers de passion… En effet, en temps de crise et d’incertitudes, la sécurité et le confort représentent des qualités inestimables…

  • Le confort matériel. Le plus souvent, un métier de raison est rémunérateur. Et comme on dit, « si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue largement ». De plus, un bon salaire permet d’éviter le stress et l’anxiété.
  • La sécurité. Un salaire confortable et assuré chaque mois permet de se sentir davantage en sécurité qu’un poste précaire avec des revenus aléatoires. Les finances, l’informatique et les nouvelles technologies en font notamment partie. Et si l’on perd son emploi, il est aussi plus facile de rebondir dans un secteur porteur…
  • La reconnaissance sociale. Dans nos sociétés, un salaire élevé est toujours synonyme de réussite. Même si cela peut sembler réducteur, un « bon job » suscite davantage le respect de ses pairs.

Le revers de la médaille

Il existe bien entendu aussi des désavantages à choisir un métier de raison… Ce serait trop facile, sinon !

  • Le manque de sens. Aujourd’hui plus que jamais, les travailleurs ont besoin de sens dans leur activité professionnelle. Et plus le temps passe, plus ce besoin se fait sentir. Or, lorsqu’on choisit un métier pour le salaire et le confort, il y a toujours un prix à payer. Notamment une perte de repères et un manque de connexion qui peuvent  entraîner stress et mal-être.
  • Un risque de burn-out. Ici aussi, le risque d’épuisement existe. En effet, les métiers bien payés s’accompagnent souvent d’une charge de travail importante avec une exigence de productivité maximale. Cela laisse peu de temps libre pour soi, ce qui  peut engendrer un sentiment de frustration, un épuisement, voire un burn-out ou une dépression.
  • Des regrets. Arrivés en fin de carrière, nombreux sont ceux à regretter de n’avoir pas osé être peintre, égyptologue ou designer. Et comme on dit, « mieux vaut avoir des remords que des regrets ! ».

La solution, entre cœur et raison ?

Si chaque destinée est différente, nous ne saurions trop conseiller – en cas de doute - que de s’orienter vers un juste milieu. Cela signifie, par exemple, aller jusqu’au bout de ses études et décrocher son diplôme avant de se lancer dans un métier réputé plus instable. 

C’est notamment le cas de Julie qui, après des études d’ingénieure (sous la pression familiale), s’est lancée dans le shiatsu, une technique japonaise de massage thérapeutique. Cela fait aujourd’hui dix ans qu’elle en vit, même s’il y a parfois eu des hauts et des bas.

Quant à Sophie, qui rêvait d’être comédienne, elle a d’abord suivi un cursus de prof d’anglais. Après un passage d’une dizaine d’années par les arts du spectacle, elle en est revenue déçue et amère. Son diplôme de professeur lui a alors été d’un grand secours.

Quant à Marie, qui rêvait d’être chargée de communication sans en avoir le diplôme, elle a intégré une grande entreprise en tant qu’assistante, avant que ses qualités ne soient reconnues et qu’elle puisse accéder au job convoité.

Louis, de son côté, rêvait de travailler avec les animaux (mais les études de vétérinaire lui paraissaient trop longues et difficiles). Il est alors devenu assistant vétérinaire et a pu assouvir sa passion pour le monde animal via une formation plus accessible.

Il y a mille chemins pour atteindre son rêve, à condition, parfois, de réfléchir « out of the box ».

Le saviez-vous ?

  • Les métiers artistiques font partie des métiers passion « type » : comédien, chanteur, cinéaste, musicien, peintre, styliste, danseur... Malheureusement, ces professions

s’avèrent souvent très exigeantes (formation longue et sélective, nécessité d’un réseau de relations, talent, persévérance et chance obligatoires…) tout en offrant peu de débouchés. Autant le savoir avant de se lancer dans cette voie.

  • Selon une enquête française Ifop de mars 2022, 56 % des sondés estiment que le travail est une contrainte nécessaire pour subvenir à leurs besoins, tandis que 44 % considèrent qu'il s'agit d'abord d'un moyen de s'épanouir dans la vie.