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Ces perles toujours aussi rares sur le marché

Rédigé par: Pauline Martial
Date de publication: 17 févr. 2020

Ces perles toujours aussi rares sur la marché

La pénurie s’explique par une raison très simple : il n’y a pas assez d’infirmières et infirmiers formés pour le nombre de places disponibles.

Ils manquent cruellement à l’appel dans tous les hôpitaux du pays. Les infirmiers et infirmières n’échappent pas à la pénurie de main-d’œuvre qui frappe actuellement le marché du travail. A l’hôpital Erasme, par exemple, on estime que plus de 10% du personnel infirmier est manquant.

Quant à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies, trente équivalents temps plein seraient déficitaires. «Toutes les unités dites classiques de l’hôpital sont concernées, mais le manque se fait particulièrement sentir dans les services de chirurgie et de médecine interne», confie Myriam Seront, directrice du département infirmier de la clinique Saint-Pierre d’Ottignies.

Une pénurie que le secteur explique par une raison très simple: il n’y a pas assez d’infirmières et infirmiers formés pour le nombre de places disponibles. «Et parmi ceux qui sortent des écoles de soins infirmiers, il y en a de moins en moins qui se destinent au monde hospitalier», ajoute Myriam Seront. A cela, s’ajoute évidemment la réforme des études en soins infirmiers dont le cursus s’est vu allongé d’une année supplémentaire.

«Cela signifie qu’aucun étudiant ou étudiante n’est sorti des écoles cette année. Un paramètre qui aggrave la pénurie par rapport aux années précédentes», souligne Chantal Van Cutsem, directrice du département infirmier de l’hôpital Erasme. «Mais cela risque d’avoir aussi un impact à plus long terme.

Ce passage à quatre années d’études au lieu de trois semble avoir découragé les étudiants, le nombre d’inscriptions s’en ressent.» Le bachelier en soins infirmiers enregistrerait, en effet, une baisse entre 20 à 30% d’inscriptions.

Des conditions de travail pénibles

Outre cette baisse de fréquentation des filières de formations, la pénurie d’infirmières s’expliquerait aussi en partie par un désintérêt pour le métier en raison des conditions de travail de ce dernier. «Certes, nous avons du mal à trouver des infirmières en suffisance, mais pas uniquement. Nous éprouvons également des difficultés à les garder en raison des conditions parfois pénibles dans lesquelles ils doivent travailler. Le rythme de travail qui leur est imposé n’aide pas non plus», explique Chantal Van Cutsem. Et ce n’est pas son homologue de la clinique Saint-Pierre qui dira le contraire.

«En Belgique, nous avons en moyenne une infirmière pour 9,4 patients, alors que la norme internationale se situe à 8 patients. Mais c’est surtout la nuit que le bât blesse. Une infirmière doit prendre en charge jusqu’à 30 patients. C’est intenable! D’autant plus qu’aujourd’hui, le turnover des patients est beaucoup plus rapide.

Par exemple, un patient qui doit se faire placer une prothèse de la hanche est hospitalisé deux, voire trois jours. Les infirmières sont donc contraintes de s’approprier sans cesse et toujours plus vite de nouveaux patients. Le tout avec un haut niveau de responsabilité puisque si c’est le médecin qui prescrit un traitement, l’infirmière est responsable de ce qu’il/elle administre», développe Myriam Seront.

Des conditions qui ont été dénoncées à plusieurs reprises lors des grèves menées par les blouses blanches ces derniers mois. A contrario, elles n’ont pas contribué à faire de la publicité pour le métier.

«Même si c’était important de mettre en lumière le quotidien vécu par les infirmiers, je pense que cela à dissuader certains jeunes de s’orienter vers notre métier qui est pourtant extrêmement riche. Il est urgent de le revaloriser aux yeux de la société», considère la directrice du département infirmer de Saint-Pierre.

Réorganiser avec créativité

En attendant, pour pallier le manque de personnel infirmier, les hôpitaux n’ont pas d’autre choix que de faire preuve d’imagination et de créativité. «Nous avons évidemment recours à de l’intérim mais cela ne suffit pas», assure Chantal Van Cutsem. Et la rengaine est la même du côté de la clinique Saint-Pierre où une centrale de jobistes a été mise sur pied.

«Il s’agit par exemple d’étudiants qui poursuivent leur cursus avec un master en santé publique ou des infirmières professeures. Ils viennent renforcer nos équipes le week-end mais aussi la semaine en fonction de leurs disponibilités et nos besoins», affirme Myriam Seront. Une réorganisation est également instaurée pour décharger les infirmières au maximum des tâches qui ne se trouvent pas au cœur principal de leur métier.

«Cela passe par l’embauche d’aides-soignants qui peuvent les soulager en prenant en charge les tâches administratives et logistiques. On engage également des assistants en pharmacie pour diminuer la charge de travail autour du circuit des médicaments», détaille Chantal Van Cutsem. En suivant la même logique, à la Clinique Saint-Pierre, les infirmières de toutes les unités ne doivent désormais plus prendre en charge le «frottage» des lits qui est maintenant réalisé par le service d’entretien.

Un service qui, dès le mois de mars, sera également mobilisé pour ramasser les plateaux-repas des patients et ainsi décharger encore davantage les infirmiers. Un principe de solidarité entre les services a également été instauré: les infirmiers des unités spécialisées viennent dès à présent prêter main-forte à leurs collègues en chambre dès qu’ils/elles le peuvent.

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